Dick Rivers - Mister DAlors lui reste, pour moi, une énigme. Alors que tant d'anciennes gloires sont passées aux oubliettes, le niçois s'accroche, alors que cela fait bien 40 ans qu'il n'a pas sorti un titre qui ait du succès. Le disque sort avec un livre ou le Dick balance sur à peu près tout le monde. Vu de loin, à lire ses interviews, le gars n'a pas l'air d'être un tendre, ni même agréable et frôle souvent le détestable avec un ego démesuré, qui explique probablement d'ailleurs sa longévité. Mais parlons musique. Si l'on compare Mister D avec les deux derniers albums d'Eddy et Johnny, ses frères ennemis, c'est encore lui qui s'en sort le mieux, pas compliqué allez vous répondre, et vous n'auriez pas tort. Rocker jusqu'au bout des griffes, il revisite ses fantasmes américains par la grâce d'Oli le Baron, omniprésent ici, aux compos et à la plupart des instruments. Rockabilly avec Automatic, ou l'echo slapback sur la voix nous ramène aux aurores du rock and roll, blues suintant avec Johnny - rien à voir avec son célèbre rival - Pub rock façon Dr FeelGood et harmonica endiablé sur Demain (They say), ou collé au fond du bayou avec la fièvre. Bref un album très roots ou sa voix grave se prélasse à l'aise. Pas un album grand public, à l'évidence, mais dans lequel la plupart des amateurs de rock originel devraient trouver leur bonheur.
Susan Boyle - Someone to Watch Over MeDepuis qu'elle est apparue sur la carte des interprètes, l'équipe de mamie ne manque pas de sortir un album juste avant les fêtes, historie de relever les compteurs. Voici donc le 3ème opus de Susan. Le second était très similaire au premier, effet de surprise en moins, pas de révolution dans celui ci. les amateurs seront conquis et les détracteurs camperons sur leur position. Un choix de reprises parfois étonnant - Depeche Mode, Tears for Fears - parfois prévisible - la ziliionième version d'Unchained Melody - et 3 titres originaux sans sel, Mais le réalisateur,Steve Mac, a eu la bonne idée cette fois de mettre la pédale source sur l'orchestre qui engluait la voix dans une sauce pâteuse. Les cordes règnent toujours mais elles sont, sinon moins discrètes en tout cas moins omniprésentes. Et du coup sur le très acoustique Mad World, Susans arrive à faire passer le grand frisson. La voix sonne étonnamment jeune et quelqu'un qui l'entendrait pour la première fois n'imaginerait pas une seconde une femme de 50 ans. Manque un peu de vie à tout ça et quelques tempos un peu plus enlevés pour masquer la relative uniformité de l'ensemble.
Emily Pello - Une balançoire dans le salonIl y a quelques années déjà, j'écrivais dans ces pages quelques compliments sur un duo nommé Urban-addict. Chansons en anglais, au parfum electro prononcé, avec une chanteuse/auteur sidérante, Emily. Le groupe semble s'être atomisé, quoique les différents sites ou ils figurent ne le précisent pas, mais puisque la demoiselle débarque en solo, on peut légitiment le penser. Et donc premier album. Exit la couleur electro - elle n'était pas la compositrice dans le duo - recentrage sur la langue de Molière, seule la voix fait le lien avec ses précédents aventures, le point fort de la brunette. Qu'elle murmure ou balance la gomme, qu'elle caresse ou qu'elle griffe, ses cordes vocales ne laissent pas indifférent, c'est du haut de gamme. Côté zic, elle explore différents territoires, Neuve, commence façon Au fur et à mesure de Liane Foly, mi tango - mi jazzy, mélodie accrocheuse, avant un pont, mettons, surprenant. Petite pomme, un zeste de soul pour une Emily coquine, un piano voix pour Les larmes de Benoît, rejoint par un violoncelle et une contrebasse, Bright light in London décolle pianissimo pour flirter en réalité avec les trompettes de Liverpoool, du côté de Penny Lane pour être précis. Let's dig the ground aborde une ambiance plus doucement jazzy, style ou elle excelle et qu'elle devrait creuser à mon humble avis. Samuel groove sec, lit de percus sur dentelles de cuivres, ou le son et la qualité de l'orchestration font la nique à bien des productions non autoproduites. Les mots de mon père, sur le décès d'un frère, piano et cordes pour renforcer l'émotion, confirme s'il en était besoin le talent d'auteur d'Emily. Silence et son superbe solo de saxophone colle des frissons quand La clef est sous la pierre propose un titre plus enjoué, presque lumineux, quand Vous deux abandonne un temps les claviers dominants pour laisser une guitare acoustique prendre un temps le lead. Home voit Emily retourner à une ambiance mélancolique, limite dépressive, sur une belle mélodie ou elle peut laisser aller l'émotion, titre qui m'évoques rien moins qu'un John Lennon exorcisant sa peine sur Mother. Le 13ème et dernier titre, un piano voix bluesy. Voilà, un premier album prenant, qui fait écho à un groupe américain peu connu, Over the Rhine. Même qualité d'interprétation, même sensibilité et tendance à la mélancolie. La tonalité générale de l'album est à l'image de la pochette, majoritairement noire et blanche avec des touches de couleurs. Well done.
George Harrison - Living In The Material WorldJe n'ai pas encore vu le film, signé Martin Scorsese tout de même, mais la BO est déjà dispo. Le film retrace la vie de George , mais pas à la façon d'un biopic, à l'aide d'extraits d'archives perso (via Olivia sa femme) et d'interview de gens qui l'on bien connu, Mc Cartney et Ringo Starr évidement, mais aussi Tom Petty, Eric Iddle (Monthy Python) ... Les 10 titres de la BO, probablement pour des problèmes de droits, ne reprennent pas les tubes de sa carrière de scarabé ou solo, mais des démos de titres connus qu'il a signé - My sweet Lord, All thing must pass - de moins connus ou sa maîtrise de la slide guitare fait merveille - I'd have you anytime - ou des covers - Let it be me - Le son est très correct, c'est bien le moins, et on y retrouve l'essence du personnage, ce touché de guitare inimitable, cette voix tranquille, cette sérénité, sans le prêchi prêcha qui a parfois fatigué chez lui. De quoi avoir envie de découvrir le film, et redécouvrir le quiet Beatles
Corneille - Les InséparablesJamais trop écouté Corneille, et c'est plus par acquis de conscience que j'ai laissé glissé mes oreilles sur son nouvel album. Et puis le 1er morceau, L'espoir en stéreo m'a accroché d'entrée. Ca groove, la voix caresse dans le sens du poil, bref ça sent le tube. Je ne suis pas trop fan de R&B en général, mais là, le bonhomme me convaincrait presque. Bon, peut être une peu d'écoeurement à la fin de l'écoute, c'est très sucré tout de même, et puis les quelques featuring rap - le meilleur du monde par exemple - me sortent par les yeux, comme tout le rap d'ailleurs. Mais le disque sonne bien et par moment m'évoque, dans le phrasé de la voix, les lignes mélodiques un David Koven, bien oublié aujourd'hui.
Adam et Eve - La seconde chanceInexplicablement, on a paumé Pascal Obispo. Je tenais cet homme pour l'un de nos plus fin mélodiste, en sus d'être un chanteur doué. Est ce son omniprésence à une période donnée qui l'a vidé de toute inspiration ? Ces derniers albums solo ne valaient pas un radis, d'ailleurs le succès n'est plus au rendez-vous. Il tente de se refaire une santé en mettant sur pied une comédie musicale, espérant sans doute réitérer le coup des dix commandements. Why not ? et Donc Adam et Eve, la seconde chance, spectacle qui commencera en janvier 2012. Le 1er single, et 1er titre de l'album, Rien ne finit, duo entre Thierry Amiel dans le rôle d'Adam et Cylia dans celui d'Eve sonne plus Obispo qu'Obispo, mais sans âme, comme s'il était en pilotage automatique. Et le reste de l'album est à l'avenant, c'est léché au millimètre, les voix sont au top, et même quand les arrangements délaissent les eaux de la variété convenue pour s'essayer à de l'électro - Ce qu'on ne m'a jamais dit - ou au grand n'importe quoi - Game over le bien nommé - ça n'accroche pas. Pas de grandes chansons ici, dont regorgeaient Starmania, Notre Dame de Paris ou les 10 commandements justement, mais de l'ordinaire. Va falloir en mettre un sacré coup dans la mise en scène pour séduire et amener du monde au Palais des sports. Seconde ou dernière chance ?
Coldplay - Mylo XylotoClairement, le plus surprenant dans ce 5ème album, si l'on excepte la pochette qui pique les yeux, c'est le titre de l'album, qui donne son nom à l'intro, quasi Elo de l'album, pour le reste Coldplay fait du Coldplay et le fait bien. C'est formaté radio, ça sent l'application de savantes techniques pour débusquer le hit, bref on sent qu'ils ont l'intention de décrocher le jackpot. Et ma fois, ce myxomatose pourrait bien y parvenir. Hurts like heaven, malgré sa fixette U2 est tout de même diablement bien troussé, Paradise transpire la FM part tout ses pores, Idem pour le 1er single Every teardrop is a waterfall, et même quand , ultime faute de goût pour des rockeurs, ils invitent Rihanna ??? pour une tentative d'OPA sur les dance floor avec Princess of China, histoire de ratisser le plus large possible, ça passe. Bon, ce n'est pas toujours très imaginatif, pas nécessairement inspiré, mais l'objectif remplir les stades et les caddies de Noël devrait être atteint. Comme quoi un disque réussi ne fait pas obligatoirement un bon disque.