Benjamin Biolay - Pourquoi tu pleures ?Touche à tout de génie, omniprésent sur la scène musicale française, le voici à l’affiche d’un film dont cet album n’est que partiellement la bande son ou plutôt dont chacune des chansons eut pu être dans le film dans nécessairement s’y trouver, ce qu’aurait pu écrire le personnage qu’il incarne s’il avait été songwriter. La superbe, son précédent disque, l’avait consacré, enfin, comme artiste avec lequel il fallait compter, celui-ci ne devrait que renforcer sa position car il est vraiment superbe. Eclectique, par l’ensemble des styles musicaux différents qui sont abordés, collaboratif, avec quelques voix féminines Sarah Adler, Emmanuelle Devos détendu, avec quelques reprises inattendues Enrico Macias, Cole porter, Amadou et Myriam, bref un album récréation en attendant le successeur de La superbe; mais un bien bel album.
Ringo Starr en concert. 70 ans au compteur, pas de chansons, encore moins d’albums, marquant depuis, littéralement, des décennies, un talent de chanteur pour le moins discutable, bref, peu de raisons d’aller dépenser quelques dizaines d’euros, si ce n’est d’aller voir une légende au moins une fois. Près de 20 ans depuis son dernier passage en terre parisienne, son All Star band, bonne idée sur le papier, n’a rien non plus de très attractif en version 2011 : Rick Derringer, guitar-héros seventies officiant dans le blues rock au CV long comme un jour sans pain, éternel second couteau de la mythologie du rock & roll, , Richard Page, chanteur de Mr Mister, groupe des années 80, dont il chantera les deux principaux succès, Kyrie et Broken wings, bassiste pour l’occasion, Wally Palmar, second guitariste, membre des Romantics, qui eurent également leur heure de gloire dans les eighties et qui chantera également leur deux tubes, Talking In Your Sleep et What i like about you , Edgar Winter, claviers, saxophone et percussions qui nous a gratifié de ces dons de multi instrumentiste d’exception, Gary Wright, clavier, a joué son « tube » Dream weaver, et semblait pétrifié derrière son synthé, et pour finir, un sus du batteur hôte des lieux, Gregg Bissonette , batteur de haute volé, impressionnant tout le long du set.
Bon, et sinon, ce concert ? 20h00 pile, les lumières s’éteignent, salle presque pleine, et deux frenchy débarquent, un clavier un guitariste et une tonne de bande orchestre pour proposer une musique d’obédience Beatles plutôt pas mal foutue, le chanteur assure carrément, les quelques compos sont attractives, et, produites en studio, doivent même frôler le très bon. Julia, aux airs jazzy west coast de Oh Lori des Alessi brothers, ou Never trust a blonde girl m’ont paru plus qu’intéressantes. Aucun des deux n’ayant eu la présence d’esprit de se présenter, j’ai cherché en rentrant hier soir qui ils pouvaient bien être, il semblerait que ce soit le groupe Bald - de fait le chanteur guitariste n’avait pas un poil sur le caillou en tout cas ils m’ont donné envie, je vais creuser l’affaire.

Exit après 5/6 titres et plutôt balancé par une partie du public, place au Ringo. Le groupe se met en place, premières mesures d’ It don’t come easy, de l’époque ou il faisait encore des tubes, et voilà qu’un jeune homme de 40 ans débarque en jean/veste sur T-shirt, cheveux noirs jais. Stupéfiant. Côté look, d’où j’étais 35ème rang face à la scène impossible de deviner que le bonhomme vient de fêter ses 70 ans, le rock, et l’alcool, semble l’avoir conserver. Standing ovation alors qu’il n’a pas encore poussé une note, la foule salue la légende, petit frisson quand même, c’est quand même un gros morceau de l’histoire du rock qui déboule là.
Côté voix, pas pire ni meilleur que ce à quoi je m’attendais. Fidèle à sa réputation il ne manque pas d’humour, discute entre les titres avec le public, passe à la batterie une bonne partie du temps, dans un style nettement plus dépouillé que celui du sieur Bissonnette qui lui, tient la baraque. Il chante une set list prévisible : honey don't, I wanna be your man ,boys, Yellow Submarine et With a Little Help from my Friends pour la sequence Beatles - Yellow sub a soulevé la foule - Peace Dream et The other side of Liverpool pour illustrer le dernier album, Choose love, Back off boogaloo et Photograph pour rappel de sa carrière post scarabés. Entre une série de titres, il passe la main au All Star Band qui chante un titre à tour de rôle se présentant les uns les autres. Dans la bonne tradition seventies, on a le droit au solo de guitare démonstration technique ou le Rick monte et descend le manche à vitesse grand V, histoire d’épater la galerie qui aurait surement préférée un Love me do ou Octopu’s garden en plus. L’Edgar, pas en reste, profite de son instrumental Frankenstein pour nous en coller plein les tympans, et que je t’envoie un solo de synthé, et que je te balance un solo de sax et vas y que je te colle un solo de batterie en mode question réponses avec le Greg, bref le gus se fait plaisir et de fait à l’enthousiasme communicatif.
Le tout se clôture par un Give peace a chance de John, credo habituel du Ringo. Pas de rappel, malgré l’insistante demande du public, pas de présentation du batteur, la fin à un peu gâché la fête.
Owl City All Things Bright and Beautiful L’écoute de cet album ne devrait pas vous faire grand mal. Une plongée dans le monde de Oui Oui ou tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, Adam Young, le jeune homme derrière cette pop optimiste poursuit sa route, boite à rythme et synthés en bandoulière, voix agréable, rythmiques sautillantes, les titres s’enchaînent sans lasser ni séduire, c’est frais, indéniablement bien fait, il ouvre, légèrement, la porte à quelques collaborations externes qui ne changent rien fondamentalement à l’essence de sa musique. Le problème c’est qu’il aura du mal a reproduire l’effet de surprise de Fireflies, aucun titre ici, sauf à être martelé sur les ondes, n’a la carrure pour cela. Inoffensif mais plaisant, c’est au final le meilleur résumé qui puisse être fait de sa musique.
Yes - Fly from hereNièeme album des dinosaures de la progressive musique, qui parait sous le nom de Yes mais qui aurait aussi bien pu l'être sous le nom des Buggles puisque les deux membres de ce pop band sont de nouveaux de la partie. Exit à nouveau la voix caractéristique du grand Yes, Ian Anderson n'est pas du voyage - pour raison de santé - et c'est un petit nouveau canadien qui s'y colle, qui certes tire plus qu'honorablement son épingle du jeu mais qui n'incarne pas à lui seul l'esprit Yes. Morceau épique - plus de 25 minutes pour le morceau qui donne son nom à l'album, - Fly from here est moins daté qu'on ne pourrait le croire, Trevor Horn et Geof Downes amènent avec eux un brin de pop, qui fait que parfois, on croirait entendre Toto, bref le Yes est FMisé comme à l'époque d'Owner of a lonely heart, et si cela lui colle bien au teint, cela peut déconcerter ces plus fidèles suiveurs.Les habitués sont accoutumés au changement incessant de personnel dans le groupe, et tant que la musique reste de haut niveau, rien à redire. Et donc, prouesses techniques, rupture rythmique, grandes envolées, le son Yes donc, sont bien au rendez-vous, et ne serait la voix, on s'y tromperait presque. Les fans ne seront pas désappointés.
Luce - Première phalangeFaute de regarder la télé, je ne connais rien des frasques de la demoiselle qui a remporté la 8ème édition de la nouvelle star. Mais sur ce premier album, je peux me prononcer et confirmer qu'il y a un sacré tempérament chez cette jeune femme. Le disque est inégal, quelques très hauts et quelques très bas, mais l'un dans l'autre, si l'univers est difficile à cerner, il y a matière à écouter et ré écouter. La voix manque d'une vraie signature vocale, d'un timbre marquant, mais l'énergie, l'envie compense facilement ce léger handicap. éclectisme est le mot qui vient en premier pour qualifier ce disque. Les délires un peu barrés qui parsèment les titres évoquent furieusement une Catherine Ringer pour ce côté joueur et fun. Au rayons des franches réussites, le premier single, l'été noir, énergique, Le gainsbourien J'me fume, absolument superbe, l'érotique et très réussi La fessée, qui promet de rester dans les annales, si je peux me permettre
. l'électrop pop Apocalypse, déchaîné et emballant, et même le cocktail pop/rap de La machine est convaincant. Côté gros bouillon, la recette de cuisine La compote, c'est un disque chérie, le raté J'aime la pluie, le catastrophique Les tongs, mais choisir de collaborer avec Philippe Katerine est un risque qu'il faut assumer. Au final, même décousu, cet album est une heureuse surprise. Pourvu qu'elle conserve ce grain de folie tout en le canalisant, et cela pourrait faire mal.
Lise - LiseCédant à la mode actuelle d'utiliser simplement son prénom pour se faire un nom, voici le premier album de Lise, qui porte son nom. La pochette fournit un indice de son instrument de prédilection, le piano, souvent seul avec la voix, le long de la grosse douzaine de titres qui compose le disque. Une voix qui m 'évoque parfois celle de Soko. Les titres surprennent, mais peinent à maintenir l'attention sur la longueur. Le Paris d'ouverture m'aurait même presque incité à zapper d'entrée, voix sur aigüe, mélodie qui se cherche sans se trouver, omniprésence du piano qu'elle maîtrise visiblement sur le bout des doigts, mais il manque un peu de chaleur. Il faut attendre la reprise des Pixies, Where's my mind pour lever l'oreille, et enfin le titre Dors qui derrière une cascade d'arpège donne enfin l'impression d'une "vraie" chanson. La demoiselle a d'importantes bases classiques, et faire son chemin dans la pop n'est pas des plus aisé avec ce background. Pas convaincu ![]()
Michael Franks - Time TogetherQue dire. Cet homme a écrit un, sinon Mon album de chevet, celui de l'île déserte, un monument, Tiger in the rain. Et une floppée d'autres chansons stupéfiantes de beauté. Et certes, il s'est parfois un peu perdu en route au fil des années, des hauts , des bas, comme toute carrière artistique s'étalant sur plusieurs décennies. Rendez vous in Rio, son précédent, datait déjà de 5 ans, et voici ce Time together. C'est avec cette douce angoisse des premiers rende-vous amoureux que j'ai lancé la première écoute. Pour ceux qui ne connaisse pas le monsieur, il fait du smooth jazz, à faire passer Sade et son Smooth operator pour du métal. Une pop jazzy, aux effluves bossa, une voix sublime, pas moins, si le miel était musique, ce serait celle là. Dès les premières notes, chant d'oiseaux, guitare acoustique, rythmique latine, on sent que cette fois, il n'a pas raté son coup, ça va faire mal. Now That the Summer's Here et c'est l'évidence du manque qu'il avait laissé. Trompette, sax, guitares, on se laisse bercer, emmener, envoûter, du bonheur. One day in St Tropez trace la route dans la même veine et pendant près d'une heure, le monde se laisse oublier, immergé que nous sommes dans cette douceur, il a même poussé le vice jusquà déposer le titre le plus grand sur la dernière plage, Feathers From an Angel's Wing est l'un des ses plus beaux titres depuis des lustres, 8 minutes au gout de paradis. Bon, évidemment, certains rabat joie trouveront ça mou du genou, fourré à la saccharine, je les excommunie sur le champ. Sans rivaliser avec ces premiers albums, il s'en rapproche si près ... un bijou indispensable, les moments de plénitude sont si rares.