Octobre 2012 - Rachel Corrie

septembre 30, 2012 - Temps de lecture: 8 minutes

Rachel_Corrie.jpgAvant d’attaquer la présentation du titre de ce mois-ci, bref retour sur Embrassez moi de septembre, dont la version anglaise n’est finalement pas sortie, faute de réponse de l’interprète prévu  J’ai néanmoins concocté  un petit clip spécial cinéphile en allant puiser principalement dans le cinéma muet, c’est sur youtube que vous pouvez le visionner. J’en profite pour remercier Nathalie pour avoir assurée de belle manière l’intérim de Julie et Laura. N’hésitez pas à faire tourner si vous aimez.

Retour en ce mois d’octobre ou l’expression musique collaborative est, comme souvent sur Sucrepop, à l’honneur puisque pas moins de 2/3 de Malin Plaisir et 100% de Laurent Dutrey ont participé à son l’élaboration. Retour sur la naissance de ce titre. Fréjus, août 2012, comme d’habitude, je gratte mon ukulele , un peu au hasard, comme on cherche une fréquence sur un poste de radio, en attendant de tomber sur la bonne station, en fredonnant un peu n’importe quoi. C’est ma méthode habituelle pour composer. Ce produit alors l’étincelle qui donnera corps à la chanson, ceci, qui a été enregistré quelques minutes après l’avoir trouvé. Une ligne mélodique en yaourt, quelques accords, c’est le point de départ. Après ne reste plus qu’à tirer le fil. Reste à trouver un refrain – ou un couplet, puisque à ce stade je ne sais pas encore ce que je vais faire de ce bout de chanson – cette trentaine de secondes bien au chaud dans mon Zoom H2. Fin des vacances, le reste du mois d’août est consacré à finaliser le titre de septembre. 1er septembre, Embrassez moi est en ligne, il est temps de bosser sur son successeur. Je cherche quelle direction donner à ce bout de chanson, tente quelques essais divers, et, assez rapidement, se dessine une orchestration de couleur un peu rock, guitares saturées et lorgnant vers le hard, enfin, hard façon Sucrepop tout de même. Je bricole une intro acoustique, pose les premières pierres du couplet et je planche sur le refrain, qui vient assez naturellement sous mes doigts. Résultat, cette maquette. J’ai entre temps planché sur un texte anglais, sans grande signification, juste pour la couleur des mots. Bon, en gros, le titre est maintenant bien cerné, ne reste plus qu’à mettre tout ça en couleur. Julie a toujours besoin de conserver ses cordes vocales au repos et Slobo est pris par la préparation de son concert de rentrée (en lire le compte rendu ici) et je suis bien incapable d’ajouter seul les nécessaires améliorations de ma maquette. Je bosse avec Laura la tonalité, finalement 3 demi tons plus haut que le titre ne fut composé, et je contacte Eric, de Malin Plaisir, qui m’avait récemment proposé de me filer un coup de pouce. Il accepte immédiatement, embringuant Jacques, son frère et second tiers de Malin Plaisir, pour assurer la partie solo. J’augmente un poil le Rachel_Corrie2.jpgtempo (de 85 il passe à 90) car le titre me semble un peu long et envoie le tout. Retour d’Eric, qui ampute le titre d’une partie, dans la même optique, et propose d’essayer de faire une intro au uke plutôt qu’à la guitare, idée qu’après essai et d’un commun accord, nous abandonnerons pour conserver l’intro originale. Quelques aller/ retour de propositions de changer un truc par ici, ajouter un truc par-là, moduler ici,  je tiens bon parfois, cède sur d’autres points, bref ça avance. Eric et Jaques se lâche sur les guitares, Eric trouve le riff d’intro qui tue, Jacques fait son guitar -héro dans le solo, et sur une version bien avancée, Laura enregistre les voix. J’envoie à Eric qui et comme le son est naze car saturé par moment – nos conditions d’enregistrement sont comment dire, spartiates  on recommence le lendemain soir. Mise à plat d’Eric, qui propose qu’une partie du refrain - les 3 notes Tant de larmes – soient sabrées car inutiles, moi j’ai un peu de mal, Laura beaucoup de mal et finalement on conserve, l’interprète ayant toujours le dernier mot. Comme les Malin Plaisir sont très potes (Melting ) avec l’excellent Laurent Dutrey, excellent auteur-compositeur interprète devant l’éternel, Eric lui délègue le mixage, ce que Laurent accepte bien volontiers. Et voilà le résultat final, tout ça en une dizaine de jours s’il vous plaît. Ce n’était pas une belle histoire tout ça ? et encore, je n’ai pas encore parlé du texte .

Le texte donc. Rachel Corrie est une militante pacifiste décédée en 2003 écrasée par un bulldozer. Je vous renvoie à Google ou Wikipédia pour en savoir plus. Car, contrairement aux apparences, si le texte parle clairement de Rachel, elle n’en est pas l’inspiration principale. L’idée  initiale, qui me trottait dans la tête depuis un bail, ce sont les plaques commémoratives qui parsèment Paris et je suppose d’autres villes, qui indique qu’untel, 20 ans est mort à cet endroit, que le lieutenant X a été fusillé ici, etc … et si je comprends qu’au niveau national, ces sacrifices aient eu une utilité, que la somme de ceux-ci aient servi à gagner une guerre, vaincre une oppression, montrer l’exemple, faire vivre une cause, souder les camarades, au niveau individuel, c’est tout de même un sacré gâchis. Si on pouvait demander son avis à un Guy Môquet, héros s‘il en est, mort à 17 ans en 1941, alors que moins de 10 ans plus tard France et Allemagne était réconciliée si cela en valait la peine, quelle serait la réponse ? Peut-être ferait il le même choix, son époque étant à l’évidence moins individualiste que la nôtre,  mais mourir à 17 ans, ou 23 comme Rachel, pour une cause aussi utile soit-elle, ne rien connaître du reste de sa vie, de tout ce qu’il aurait été possible d’accomplir, n’est-ce pas un peu cher payé ?


J’ai été un peu long ce mois-ci, mais comme peu de monde me lit, ça n’a pas tant d’importance. Rendez-vous en novembre pour je ne sais quel titre qui parlera de je ne sais quoi.

A oui, côté uke, un seul titre, une reprise de Dala, Levi Blues, un titre que Laura trouve gnan gnan et moi fabuleux.