Je ne connaissais rien de cette toute jeune femme, mais son premier album est ma foi fort agréable. Une pop fourrée à la soul, ou le contraire, une voix dotée d'un joli grain,les 12 titres sont plutôt éclectiques, probablement du fait du nombre d'intervenants différents dans l'écriture et la composition. Mais, alors qu'elle n'a pas encore 25 printemps, ce disque fait montre d'une belle maturité, sans faux pas, avec assez de singles potentiels pour en faire rêver pas mal. C'est rondement mené, enregistré entre Paris et New-York, elle même semble être une globe trotter si j'en crois sa bio, et le tout ne va absolument pas de travers, quoiqu'elle en dise. Une jolie découverte, une heureuse surprise, je lui promet un bel avenir, jolie femme et chanteuse douée, difficile de demander plus.
Le trio avait déclenché un wagon d'éloges avec leur premier album, plus par la forme, un trio avec guitare violoncelle voix, que sur le fond, une musique que, personnellement, j'avais trouvé assez insipide. Et les voilà de retour, rentrant dans le rang car le côté intimiste, pop de chambre comme il la qualifière à l'époque, laisse la place à un côté pop tout court assumé. Le Let's get together d'ouverture, hormis son break à la ELO est ma foi assez convenu, quoique indéniablement efficace. Les frenchies connaissent leur job sur le bout des doigts, harmonies made in Beach Boys leut point fort - The letter - ou frappé du sceau de Brian Wilson - Still - mélodie McCartnesque - Wind song et son rythme enlevé - Les élèves ne dépassent jamais les maîtres mais proposent une très honorable copie, un peu aseptisée peut être, mais ne boudons pas notre plaisir, la pop française n'est pas si riche qu'elle puisse se permettre de faire l'impasse sur ce Revolver.

Je reçois un mail me demandant de parler de Giant Claw jeune artiste américain d'électronique expérimentale. Bon, je suis une garçon obéissant, je n'ai pas l'ombre d'une idée de ce que peut être de l'électronique expérimentale, masi je me doute bien que cela doit piquer un peu les oreilles et être aussi éloigné de la pop, sucrée ou pas, que possible. En route donc vers le site de Babylone promotion, label bordelais dont la totalité des autres artistes me sont inconnus. Rien d'étonnant. titres, 18 minutes, on reste dans un format pop. Pour le reste, je donne ma langue au chat. Ce n'est finalement pas si expérimental que cela, pas bruitiste pour un sou, des arpèges de synthés en boucle, recouverts de nappes de clavier, une boite à rythme lancinante, qui s'emballe parfois, des bribes de mélodies qui vont qui viennent, le tout formant, pour un total néophyte comme moi, un truc plutôt agaçant, la répétitivité des boucles usant les nerfs, en tout cas les miens assez rapidement. Je suppose qu'il y a des clients pour ce style de zic, je passe mon tour.
La mordue c'est le groupe qui porte les chansons de Caroline Varlet, et c'est leur premier album. Et c'est un disque ou la femme règne en maître, que seule une femme pouvait écrire. Qu'elle nous parle de l'évolution de ses seins à travers les âges dans - Mes nénés - qu'elle cogne sur la gente masculine - Du poil au menton, le plus intelligents des hommes - du diktat de l'image féminine sur l'hilarant et bien rock sur Plus je prends des kilos, au poids d'être une femme - Petite femme, Maman - elle sait trouver les mots qui touchent et émeuvent. Chansons à texte donc, comme il est d'usage d'écrire, accordéon de temps à autres mais une chanson réaliste parée d'atours plus riche que la chanson rive gauche. Flirtant avec le ska - Je suis une femme - ou un rock tendance douce, elle réussit l'alliance d'une écriture sensible avec des musiques qui ne soient pas simple support du texte. Beau départ.
Retour à la casse départ pour l'ex gagnante de la' nouvelle star. Après un premier album loin de l'univers qui lui avait fait remporter l'émission, et le semi échec commercial qui s'en suivi, la demoiselle rempile en revenant à ses premières amours la soul. Donc son sixties/seventies, enregistré en Angleterre avec une bonne partie de l'équipe la regrettée Amy Whinehouse, difficile de faire plus roots. Et en gros elle sort le disque que l'Amy ne sortira plus. Ca groove, ca pulse, ça sonne et respire l'envie et la joie de bien faire. Elle met ainsi en exergue le problème d'une émission comme The Voice. Avoir une putain de voix n'a pas trop de sens si elle n'est pas drapée dans des chansons à la hauteur du diamant, et c'est toute la difficulté. Ce Sans amour mon amour envoie bien, le single éponyme est assez accrocheur pour escalader les charts, et comme il a des petits frères - Incognito, Sortilèges ou le très bon Le temps est à la pluie, pas de bile à se faire pour ce disque, il devrait trouver son public, mais je reste sur ma faim. De bons titres sont ils suffisant pour une voix de ce calibre ? Le seul titre en anglais, Black-out, est peut-être une piste, elle a le potentiel pour faire une carrière internationale, et s'ouvrir ainsi lui permettrait d'augmenter le nombre de compositeurs susceptible d'écrire pour elle. Ici elle risque de s'étioler, en marchant un peu sur les plates bandes d'une Axelle Red, avec plus d'efficacité, il faut bien le dire. Peu encore mieux faire.
Début des années 70, en Allemagne, une jeune femme enregistre quelques maquettes guitares & voix chez elle, sur un vieux magneto. 30 ans plus tard, son fils, pour lui faire un cadeau, grave un CD d'un douzaine de titres à destination des amis. Le hasard, parfois heureux, fait qu'un producteur écoute, est séduit et édite le CD. L'histoire est plus originale que la musique, mais tout aussi belle. Elle y confirme l'intemporalité du folk, ce disque eut été enregistré dans la même configuration hier que la différence ne s'entendrait quasiment pas. Tonight, qui ouvre l'album est une jolie mélodie, de loin le titre le plus accrocheur, la voix est douce, la mélancolie, comme souvent dans ce style de musique, est omniprésente. On pense à un Leonard Cohen qui aurait écouté Françoise Hardy intensément. Pas de quoi crier au génie oublié pour autant, ce n'est d'ailleurs pas le propos, mais tellement de disques sortent sans aucune espèce d'intérêt, celui ci, enregistré sans aucune pensée mercantile, juste pour se faire plaisir, sorte de journal intime dévoilé sans impudeur est un joli compagnon. Et qui sait si, en 2050, quelqu'un ne finira pas par exhumer ma musique .
Que la demoiselle Anaïs soit un brin barré, ces deux premiers albums ne laissaient aucun doute la dessus, c'est ce qui fait tout son charme. Voilà qu'elle revient avec un disque de reprises de titres d'entre deux guerres pour la plupart, revisités avec audace et parfois culot. Ca ne marche pas à tous les coups, mais dans l'ensemble ce disque est attachant. Passons sur la pochette, ratée, et l'intro façon audition starac, qui pourrait passer sur scène mais qui n'a pas sur album que l'on ré écoute. Si j'étais une cigarette, traité façon rock arrache bien, la reprise de Piaf de Mon dieu fonctionne également idem pour mon titre préféré, je n'embrasse pas les garçons, qui dégage une énergie communicative, l'espagnolade Sombrero et mantilles est nickel également, vous me direz, c'est un quasi sans faute pour le moment. Certes, mais cela se gâte ensuite. Le tango stupéfiant, passé à la moulinette électro, passe encore , quoiqu'un peu long, Mon anisette, ou elle chante comme si elle était bourrée, sketch entre Fernandel et Bourvil est plus que datée et n'a rien à faire sur un disque. Le duo avec Fregoso est plutôt frais et sympa, Le petit cochon en pain d'épice eut pu être réussi s'il n'avait pas été chanté a capella. Non pas qu'Anaïs chante mal, mais passé la 1ère écoute, je me lasse. Quand à l'hilarante reprise de Private Dancer de Tina Turner, façon musette avant de se lancer dans une imitation, réussie ma foi, solo de kazoo à l'appui, elle n'a d'intérêt que la première fois également. Probable que cet album eau de Javel prendra toute sa dimension sur scène.
Anaïs, "Je n'embrasse pas les garçons" - Session... par elleadore