Bon, avoir un avis sur Vincent Delerm, c’est verre vide / verre plein. Soit on se demande ce qui peut bien motiver les gens à acheter le nouvel album d’un auteur compositeur interprète qui n’est ni compositeur - ces mélodies sont d’une platitude navrante -, ni chanteur -sa voix au débit monocorde n’a pour seul intérêt que d’être immédiatement identifiable, ce qui permet, éventuellement, de couper le son pour ne pas se laisser envahir -, soit on apprécie l’auteur, sa façon d’aborder les choses, les gens, ses références littéraires ou cinématographiques dont il truffe immanquablement ses textes, ce côté bobo qui a probablement son charme, sans omettre que, sur scène, son humour, sa nonchalance font mouche .
Certains mettent leurs mains à couper, Les Kaisers Chiefs eux, c'est la tête. 
Benabar est tout sauf infréquentable, c'est pourtant le titre de son nouvel opus. Promu parmi les héraults de la chanson française, dite nouvelle, son succès ne se dément pas, Reprises des négociation, le précèdent, ayant dépassé le million de disques, chiffre rarissime de nos jours.
Benabar s'inscrit dans la grande tradition de la chanson française, De Brassens à Souchon en passant par Renaud ou Nicolas Sirkis, d'Indochine, des chanteurs aux possibilités vocales limitées mais avec des choses à dire.
Il avait promis un renouvellement, sinon de l'auteur, en tout cas du compositeur, annonçant un album aux couleurs plus pop, plus musical, souhaitant accorder la qualité des textes, sa force, à celle de la musique, souhaitant privilégier la guitare au piano.
Le single d'ouverture, l'effet papillon, est pourtant du Benabar pur jus, pas de révolution, même discrète, un texte avec ce qu'il faut d'humour pour accrocher l'oreille et une ritournelle ou cuivres et rythmique bateau continue de labourer le sillon précédemment creusé.
Si la guitare acoustique prend le relais sur Allez ! c'est le texte qui l'emporte haute la main sur une musique quelconque.
Bon, je ne vais pas passer en revue l'ensemble des titres. Pour résumer, vous trouverez un titre à l'inspiration Nini Ferrer, Ou t'étais passé ? le titre écolo de rigueur, A la campagne, mais à la musique tellement convenue, Pas du tout, un gros ratage à mon avis , lourd au possible, qui éventuellement pourrait passer sur scène mais qui donne envie de zapper sur disque.
Mes titres préférés, Malgré tout petit bijou de nostalgie et de tendresse, et Les reflets verts, une belle observation post rupture.
Vous aimiez Benabar, cet Infréquentable ne vous décevra pas , et c'est déjà énorme, tant l'attente était forte. Vous ne le connaissiez pas, c'est une excellente introduction à l'univers du personnage. Il reste un auteur rare, capable de croquer en quelques phrases une situation ou de camper un personnage, un don d'observation jamais pris en défaut, lardant ses textes de traits d'humour souvent finement trouvé. Lui reste à trouver son Voulzy pour que sa musique ne reste pas à la traîne.

1 L'effet papillon
2 Allez !
3 Les numéros
4 Malgré tout
5 Tout vu, tout lu
6 Pas du tout
7 Où t'étais passé ?
8 Voir sans être vu
9 A la campagne
10 Les reflets verts
11 Si j'avais su
12 Infréquentable
